Marx, à mesure-24: La révolte des Cipayes en Inde (1857-1858)

Marx, à mesure21 octobre 2019

La reprise de ses travaux théoriques dès l’été 1857 n’a pas dispensé Marx de ses obligations en matière de journalisme. Les revenus en provenance du New York Daily Tribune constituent, en effet, les seuls moyens d’existence dont il dispose pour sa famille.

Au cours de ces deux années 1857-1858, ce ne sont pas moins de 117 articles, signés ou publiés comme éditoriaux, qu’Engels et lui feront paraitre dans le quotidien new-yorkais.

Ces articles appartiennent à deux dossiers importants.

Les uns concernent la crise économique de 1857. Ils feront l’objet de notre prochain fascicule.

Les autres concernent la rébellion des Cipayes en Inde. Ils font l’objet du présent fascicule.

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Les évènements seront-ils aussitôt connus en Angleterre que Marx et Engels ne vont cesser d’en rendre compte et de les commenter de près.

Or le temps n’est plus où, en juin 1853, Marx pouvait s’autoriser l’hypothèse d’une action dialecti­que­ment civilisatrice du capitalisme anglais en Inde. Les récentes violences, à l’automne 1856, du pouvoir britannique contre la ville de Canton, contrainte par la force de s’ouvrir au commerce de l’opium, l’ont en effet ramené à l’évidence des conduites cyniques et agressives du colonialisme. La révolte des Cipayes sera très vite perçue au-delà d’un phénomène circonstancié de mutinerie pour apparaitre, au fil des évènements, comme la manifestation à ses yeux d’une véritable lutte de libération nationale.

Toutefois Marx se trouve contraint d’avancer sur un terrain qu’il connait mal.

La remarquable maitrise dont il fait preuve dans ses recherches documentaires ne compensera pas la gran­de, la très grande difficulté, pour lui-même comme pour tous les intellectuels qui lui sont contem­porains, de comprendre la complexité des formations sociales, insistons sur ce pluriel, qui composent la société du vaste sous-continent indien de cette seconde moitié du dix-neuvième siècle.

L’épreuve donnera lieu, on le sait, à l’élaboration du concept de mode de production asiatique tel qu’on le découvre dans le manuscrit des Grundrisse. Or, sauf les inévitables obstacles épistémologiques de la recherche, comme la suspecte catégorie de despotisme oriental, ce concept nouveau soulèvera, nous le verrons en détail dans un prochain fascicule, plus de questions qu’il ne permet d’en résoudre.

La prégnance de ces difficultés théoriques explique, comme par défaut, le caractère très souvent cursif et purement descriptif des commentaires de Marx à l’adresse du New York Daily Tribune, non compté les contributions d’Engels centrées sur les seuls aspects militaires.

La lecture de ces articles est donc loin d’être simple.

Elle l’est, à l’évidence, au suivi de ce qui est décrit par Marx et par Engels au fil des évènements.

Elle l’est moins, en vérité, en relation avec les travaux théoriques qui sont en cours dans le laboratoire privé de Marx.

Voici d’abord les pièces. Nous y reviendrons avec la question du mode de production asiatique.

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